Breguet 2988

Histoire du Type XX, genèse et première génération

par Emmanuel Breguet
Breguet 2988

C'est tout naturellement qu’au début des années 1950, la maison Breguet se trouve prête à répondre aux exigences des forces aériennes qui souhaitent s’équiper d’un chronographe de poignet robuste et doté de caractéristiques particulières.

Maison au prestige bien connu, soucieuse d’accompagner les grandes aventures humaines, Breguet s’est mise au 20e siècle au service de la navigation aérienne comme elle s’était mise, au 19e siècle, au service de la navigation maritime. De nombreux pilotes acquièrent des montres Breguet : Alberto Santos-Dumont en 1910, des pilotes américains stationnés en France en 1918, la société d’aviation Louis Breguet, des pilotes japonais en visite en France dans les années 1920, et bien d’autres encore…

 

Pour un pilote, et plus largement pour un navigant, avoir l’heure à bord d’un avion, conserver ses repères temporels dans un environnement d’activité intense et de stress, est une nécessité vitale. Pouvoir mesurer son temps de vol, chronométrer des temps de vol intermédiaires, suivre sa consommation de carburant, faire des repérages, effectuer des manoeuvres…, tout cela demande des instruments que les horlogers au fil des années rendront à la fois plus précis et plus pratiques à manipuler : montres chronographes de bord et bientôt, montres-bracelets chronographes.

 

La consultation des archives permet de constater que les produits « spéciaux », c’est-à-dire adaptés aux contraintes particulières de l’environnement aéronautique, sont nombreux à partir des années 1930 : chronomètres d’aérodrome 19-lignes dans une boite d’argent antimagnétique, chronographes compteurs à rattrapante, petits chronomètres de bord 24-lignes dotés d’une boite calorifugée, d’un thermostat et d’un éclairage, sidéromètres… autant de pièces très techniques livrées tant à l’aéronautique militaire qu’à la jeune compagnie nationale Air France.

 

La livraison d’instruments horlogers destinés au tableau de bord des aéronefs s’accentue dès le début des années 1950, et constitue pendant trente ans une des spécialités reconnues de Breguet. Les modèles les plus répandus seront les Type 11, 11/1 et 12, vendus dans une dizaine de pays, présents sur les tableaux de nombreux avions et notamment de l’inoubliable supersonique Concorde.

 

Déjà dans les années 1930, la maison produit de plus en plus de montres-bracelets dotées de la fonction chronographe. L’après-guerre confirmera la tendance. La mode du chronographe de poignet est lancée et ne s’arrêtera plus.

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Pour équiper le célèbre avion supersonique Concorde d’un chronographe de bord, la société Aérospatiale fait appel à la maison Breguet.

Produit nouveau et « fonction spéciale »

Chez Breguet, la fin des années 1940 voit l’apparition de produits nouveaux qui marquent une volonté de répondre à de nouvelles exigences, voire de devancer les besoins d’une aviation civile et militaire alors en plein développement. Il ne faut pas oublier que commence partout l’ère de l’aviation à réaction L’heure est si précieuse à bord qu’il faut, par sécurité, mettre en place une redondance. Au chronographe fixé au tableau de bord vient donc s’ajouter un autre chronographe – et pas n’importe lequel –, attaché au poignet du pilote. Si l’un devient inutilisable, l’autre prend le relai. C’est tout le sens des instruments horlogers dont on va suivre le développement.

 

Au début de 1949, le Centre d’Essais en Vol (CEV), qui dépend du Ministère de l’Air français, fait l’acquisition de ses premières montres-bracelets. La première, d’un modèle unique et portant le numéro 460, est vendue le 14 janvier : Montre bracelet mouvement 14-lignes Lemania, boite ronde à cornes imperméable acier inox, chronographe à deux poussoirs, cadran noir tachymètre, heures et aiguilles lumineuses… Pièce terminée en novembre 1948. L’autre, d’une série de cinq et portant les numéros 456, est vendue le 8 mars : Montre bracelet 13-lignes acier inoxydable, ronde, chronographe compteur à deux poussoirs, cadran noir, heures lumineuses… Pièce terminée en novembre 1948. D’autres pièces du même genre sont probablement acquises par des pilotes du CEV à titre personnel, notamment les numéros 457 et 458 ; elles reviennent en réparation pour le « Centre d’Essais en Vol de Brétigny-sur-Orge », et seront même échangées six ans plus tard contre des Type XX.

 

Breguet 4376

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Chronographe de bord Breguet n o 4376 appelé « sidéromètre ». Construit à partir de 1935 à une quarantaine d’exemplaires, le « sidéromètre » équipa l’armée de l’air française et la compagnie Air France.

En poursuivant les investigations, ce sont deux autres petites séries de six chronographes qui retiennent particulièrement l’attention par les termes utilisés pour décrire une nouvelle fonction qui apparaît : Montre bracelet 14-lignes – chronographe spécial – lunette mobile à index – deux poussoirs – retour à zéro et nouveau départ du chrono par une seule pression – cadran noir à heures chemin de fer et aiguilles lumineuses – boite ronde à cornes acier inoxydable – bracelet cuir, boucle acier. Disponibles en juillet 1949, les six chronographes de la première série portent les numéros 409 à 414 et trouvent tous preneurs entre septembre 1949 et mai 1950.

 

Ceux de la seconde série, qui portent les numéros 832 à 837, sont décrits avec quelques précisions supplémentaires : Montre bracelet 14-lignes – chronographe à deux poussoirs à fonction spéciale (retour à zéro directement par le second poussoir et nouveau départ immédiat). Compteur de 30 minutes, trotteuse, cadran noir – heures chemin de fer et aiguilles lumineuses – Boite ronde à cornes acier inox, lunette tournante. Bracelet cuir, boucle acier. Fabriqués entre octobre 1950 et novembre 1951, ils sont vendus entre novembre 1950 et juillet 1952.

 

Il n’est cependant pas encore question des services officiels de l’aéronautique. La fonction spéciale – amplement soulignée et explicitée – n’est pas encore désignée comme « retour en vol » et le terme Type XX ou 20 n’est pas encore utilisé. D’ailleurs, une série de douze chronographes en acier, numérotés de 983 à 994, est produite dans l’intervalle, en mars 1950, avec totalisateurs de 30 minutes et de 12 heures, mais avec un cadran argent et sans la fonction spéciale que ne possède pas le mouvement 13 lignes Lemania qui l’équipe alors. Les pièces se vendent entre juillet 1951 et octobre 1952.

TYPE XX_Fiche equipement Chronographe de bord Type11

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TYPE XX_Fiche d_équipement Chronographe de bord Type11

Le produit trouve son nom

Les choses commencent à se préciser quand trois pièces portant les numéros 1200, 1201 et 1202 désignées succinctement – confidentialité oblige – Montre bracelet chronographe 14-lignes – spéciale – prototype, et sorties de production le 30 juin 1952, sont livrées le 23 juillet 1952 au Service Technique Aéronautique (STAé). La maison connaît les projets d’équipements horlogers des forces aériennes militaires et décide de concourir aux épreuves de sélection, enjeu qui est de taille.

 

En décembre 1952, la maison propose de nouveau une série de vingt-quatre pièces en acier, mouvement 14-lignes, compteur de 30 mn et fonction spéciale. Ils portent les numéros 1163 à 1168 et 1171 à 1176, ainsi que 1400 à 1402 et 1407 à 1412. La plupart sont vendus entre décembre 1952 et mai 1954, dont quatre à la Société d’aviation Louis Breguet. Le numéro 1408 a la particularité d’avoir une boite d’or et un cadran d’argent comportant un tachymètre. Tout est prétexte à des essais en tout genre.

 

Il faut attendre, enfin, le printemps de 1953 pour voir apparaître pour la première fois dans les registres de la maison, avec les numéros 1530, 1531 et 1532, la désignation qui deviendra si célèbre : Montre bracelet Type 20 – 14-lignes – chronographe à deux poussoirs avec fonction spéciale de retour à zéro et départ par une seule pression – compteur de 30 minutes, trotteuse, cadran noir, heures et aiguilles lumineuses. Boite acier inox. étanche – lunette tournante, bracelet cuir. Terminées le 27 avril 1953, elles sont vendues respectivement en juillet, septembre et octobre de la même année.

 

Trois autres Type 20 arrivent bientôt avec une description identique : tout d’abord le numéro 1203, à la toute fin de l’année 1953. Terminée le 12 décembre, la pièce est vendue le 15 décembre et le client n’est autre qu’une célèbre firme aéronautique déjà citée et qui entretient des liens très étroits avec la maison : la Société d’aviation Louis Breguet. Cette montre est d’ailleurs offerte par Louis Breguet à la grande aviatrice Jacqueline Auriol, pilote d’essais et figure mondiale de l’aviation féminine de l’après-guerre.

 

Quelques semaines plus tard, récidive… Les numéros 498 et 499 apparaissent à leur tour dans les registres de ventes de la maison, sans autre explication, qu’une courte désignation :

498 : montre bracelet chronographe 14-lignes – Type 20 – boite acier avec lunette or

499 : montre bracelet chronographe 14-lignes – Type XX – boite acier avec lunette or

 

Les deux pièces, dont on ne connaît pas les dates de fabrication, sont vendues le 25 janvier 1954, elles-aussi à la Société d’aviation Louis Breguet. On note les deux désignations utilisées, Type XX et Type 20, sans moyen de décrypter ce qui pourrait distinguer les deux pièces et ainsi justifier l’utilisation de caractères différents. Toujours est-il que les deux possèdent une particularité étonnante, la lunette en or sur une boite acier, une bizarrerie qu’on ne reverra plus jamais.

Breguet 1780

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Chronographe Breguet Type XX n o 1780 fabriqué en 1955, un des trois seuls exemplaires en or de la première génération.

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Chronographe Breguet Type XX n o 1780 fabriqué en 1955, un des trois seuls exemplaires en or de la première génération.

Ces deux pièces sont les deux premières d’une série de 27 chronographes Type XX « primitifs », numérotés de 498 à 524. Parmi ceux-ci, seuls trois sont appelés « Type 20 », dont le numéro 519, vendu à S.M. Bao Daï empereur du Vietnam. Trois pièces, les numéros 502, 512 et 515, sont livrées au CEV de Brétigny, en échange des numéros 456, 457 et 458 cités plus haut. Toutes sont vendues entre février et août 1954. C’est ainsi qu’une longue aventure commence… En effet, une nouvelle série de vingt-trois pièces « Type 20 » arrive bientôt en juin-juillet 1954 ; toutes vendues presqu’immédiatement. Le succès est au rendez-vous.

 

À la fin de 1954 et au début de 1955, les petites séries de montres-bracelets 14-lignes s’enchaînent, dix ou quinze pièces à chaque fois, tantôt appelées Type XX, tantôt appelées Type 20. Selon les descriptions corroborées par les livres de rhabillage, toutes ces pièces possèdent un totalisateur de 30 minutes.

De temps en temps sont signalées quelques pièces dotées de la fonction spéciale mais qui ne sont pas des Type XX car elles possèdent un cadran argenté, des aiguilles d’or et un totalisateur de 12 heures en plus du compteur de 30 minutes. Les numéros 1735 à 1737 produits en décembre 1954 sont, par exemple, dans ce cas.

En février et mars 1955 apparaissent néanmoins deux pièces, les numéros 1781 et 1780, avec boite en or, cadran argent satiné, aiguilles d’or et tachymètre, la première est un Type 20 et la seconde Type XX. Ce qui porte à trois le nombre de pièces en or, il n’y en aura plus d’autre.

 

Type XX ou pas Type XX, Type XX en chiffres romains ou Type 20 en chiffre arabes, tout cela fait un peu désordre, mais heureusement plus pour très longtemps. À la mi-1955, les choses semblent finalement rentrer dans l’ordre. En dehors des pièces bientôt livrées à l’armée de l’Air, lesquelles resteront toutes des « Type 20 », numérotées avec des numéros spéciaux commençant par 7 ou 8 et consignées dans un livre spécial, toutes les autres, quelles que soient les évolutions et les variantes, sont désormais appelées définitivement « Type XX ». Enfin, à une exception près, tout de même : une petite série de 8 pièces fabriquée en septembre 1957, avec compteurs de 15 minutes et de 12 heures, laquelle porte encore la désignation « Type 20 »…

Dans les arcanes du Ministère de l’Air…

Du côté militaire, les choses suivent leur cours depuis le début de l’année 1952. Retrouvé dans les archives du Ministère de la Défense et adressé par le STAé (Service Technique Aéronautique) au directeur de l’Observatoire National de Besançon, un courrier daté du 29 avril 1952 confirme, en effet, que la maison Breguet s’intéresse à la question des chronographes de bord et de poignet. En toute logique, quelques semaines plus tard – le 23 juillet –, la maison livre au STAé les trois pièces prototypes numéros 1200, 1201 et 1202 mentionnées plus haut.

 

On a vu que l’appellation Type 20 apparaît dans les livres pour désigner précisément des pièces terminées en avril 1953 ; cela signifie que le « nom de code » Type 20 a été choisi par les services officiels dans les semaines ou les mois précédents. C’est en effet au printemps de 1953 qu’intervient l’étape majeure de l’obtention de l’homologation officielle du STAé. À la lecture d’un autre document intitulé État d’avancement des études, classé Secret Défense et daté du 1e juillet 1953, on apprend en effet qu’à cette date le chronographe-bracelet BREGUET Type 20 – chronographe équivalent au chronographe allemand Hanhart – est d’ores et déjà homologué.

Le cahier des charges

On a beaucoup parlé d’un cahier des charges s’appliquant au Type 20 et l’on a cherché en vain l’équivalent pour le Type 20 du cahier des charges bien connu du Type 21, document officiel publié en avril 1956 par le Service Technique Aéronautique sous la forme d’un fascicule de 9 feuillets. Intitulé Programme technique des montres chronographes bracelets Type 21 destinées à l’emploi en vol, le texte passait en revue les sévères contraintes techniques, esthétiques et fonctionnelles des pièces et les tests nombreux auxquels elles devaient se soumettre avec succès : boitier de 37 mm de diamètre environ à fond vissé, étanche à la poussière et à l’humidité ; dispositif antichoc et d’antiaccrochage du spiral ; 35 heures de réserve de marche ; lunette mobile avec un repère luminescent ; gros chiffres luminescents et graduation périphérique à 300 divisions ; petites secondes à 9 heures et totalisateur de 30 mn à 3 heures ; marche diurne inférieure ou égale à 15 secondes, fonctionnement sous une accélération de 5g au moins ; fonctionnement dans un champ magnétique de 12 gauss etc ; essais en atmosphère de sur-pression puis de sous-pression etc… Toutefois, dans son chapitre 1, il était mentionné : Les conditions qui figurent au présent programme ne sont pas impératives, mais elles serviront de base à la rédaction des règlements relatifs à ce type d’instruments. Dans ce contexte, il est difficile de savoir quels ont été les tests imposés aux pièces et quel fut le niveau d’exigence de l’administration…

 

Force est de constater qu’en dehors du dispositif antichoc préconisé pour le Type 21, le Type 20 semble répondre globalement à ce document de 1956. Comme le suggère le document de 1953 cité précédemment, le STAé avait défini un instrument dénommé Type 20 en s’inspirant, au moins partiellement, d’un chronographe allemand de la marque Hanhart dont les armées françaises avaient reçu une certaine quantité dans le cadre des « prises de guerre », mais sans en rédiger un cahier des charges sous une forme officielle. Les connaisseurs de l’administration française diraient que si un document officiel sur le Type 20 avait été rédigé en 1952 ou 1953, le document d’avril 1956 relatif au Type 21 aurait nécessairement commencé par une formule telle que Le présent document annule et remplace le précédent relatif aux montres-bracelets Type 20 en date du… etc. Pour terminer sur cette question, il faut ajouter que si l’on trouve trace dans les archives de la maison de 7 pièces désignées Type 21 et terminées en septembre 1956, dont trois (équipées d’un compteur de 30 mn) furent livrées au STAé le 8 octobre 1956, il faut reconnaître que cela ne changea rien aux commandes en cours et aux développements ultérieurs de la maison Breguet, qui continua à ne produire que des Type 20 ou XX… Autrement dit, certaines maisons, comme Breguet et quelques autres, produisirent des Type 20 tandis que d’autres fabriquaient des Type 21. Oserait-on dire qu’à quelques petites nuances près, le même produit eut deux noms ?

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Chronographe Breguet n o 7211 « type 20 militaire » livré au ministère de l’Air le 16 novembre 1955. Son cadran est non-signé et l’on remarque au dos ses marquages

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La volumineuse commande de 1954

Après l’homologation obtenue en 1953, ne reste donc plus que la partie administrative de passation du marché. Une affaire de quelques mois. C’est en 1954, en effet, sous le numéro de marché 5101/54, que la maison Breguet se voit attribuer ce qui apparaît, à son échelle, comme le « marché du siècle ». La commande totale passée à la maison Breguet par le Ministère de l’Air pour les besoins de l’armée de l’Air française est de … 1100 pièces !

 

Dès le mois de novembre 1954, une première tranche de 250 pièces est livrée le 17 juin 1955, suivi d’une deuxième de 240 pièces le 16 novembre de la même année. Deux autres tranches équivalentes suivront rapidement : 245 pièces le 1e juin 1956 et 245 pièces le 31 juillet 1957. En deux ans, 980 pièces sont livrées. Les 120 Type 20 restants seront soldés en 1958 et 1959. Ces Type 20 livrés au Ministère de l’Air sont reconnaissables au premier coup d’oeil : compteur de 30 mn de petit diamètre, cadran nonsigné, lunette non-graduée, marquages réglementaires au dos, remontoir en forme de poire. Outre son côté esthétique, ce dernier était d’une réelle facilité d’utilisation car facile à manipuler, même avec une main gantée.

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ppelées Type 20, les pièces destinées à l’armée de l’Air se distinguaient notamment par leur graduation au 5e de seconde.

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ppelées Type 20, les pièces destinées à l’armée de l’Air se distinguaient notamment par leur graduation au 5e de seconde.

Un Mouvement, LE VALJOUX 22 et dérivés

Pour équiper ses Type XX, Breguet porte son choix sur le Valjoux 22. C’est un mouvement d’un diamètre de 14-lignes, soit 32,6 mm, que Breguet commande sous une finition soignée, qualifiée de AA dans certaines descriptions, et qui est équipé du module additionnel connu sous le nom de « retour en vol ». Cette fonction, à l’époque, est souvent qualifiée dans les archives Breguet de « fonction spéciale » ou, dans les documentations de la société Valjoux, de « mécanisme nocturne » ou de « remise à zéro directe », l’important étant que chacun comprenne de quoi il s’agit.

 

Mouvement à remontage manuel d’une autonomie de 35 heures environ, équipé d’une roue à colonnes, le Valjoux 22 entrera dans l’histoire de Breguet sous deux variantes, calibre 222 pour les pièces dotées d’un totalisateur de 15 ou de 30 mn, et calibre 225 pour les pièces dotées d’un totalisateur supplémentaire de 12 heures. Il bat à 18 000 alternances et possède un balancier à équilibrage à vis ainsi qu’un spiral Breguet. Malgré l’absence d’un dispositif antichoc de type Incabloc, il est réputé robuste et donne satisfaction. Le duo 222-225 équipera les Type XX Breguet jusqu’en 1963.

 

Fin 1963, en effet, avec la pièce portant le n° 2087, apparaît le premier « Type XX 13-lignes » équipé du nouveau calibre modernisé de Valjoux. C’est un mouvement d’un diamètre de 13-lignes, soit 29,50 mm, que Breguet adopte définitivement sous les deux variantes suivantes : le calibre Valjoux 230 qui va équiper tous les Type XX « 2 compteurs » et le calibre Valjoux 720 qui va équiper les Type XX « 3 compteurs ». Conçu dans le même esprit que les précédents, ces calibres modernisés possèdent un Incabloc ainsi qu’un balancier à serge simple. Ce changement de mouvement n’impacte pas l’aspect extérieur des Type XX. Les boites restent les mêmes, un cercle d’emboitage permettant de compenser la diminution du diamètre du mouvement.

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Le totalisateur de 12 heures et la commande du CEV

Tandis que les Type 20 de l’armée de l’Air sont en cours de construction, Breguet s’attache à développer pour sa clientèle « civile » et pour d’autres organismes toute une série de variantes. En mai 1955 arrive en effet une pièce portant le numéro 1888 et dotée d’un petit cadran auxiliaire supplémentaire placé à 6 heures ; ce dernier affiche un totalisateur de 12 heures. Cette pièce est suivie en juin d’une petite série de 25 pièces toutes dotées d’un totalisateur de 12 heures. La famille Type XX s’élargit et va trouver son rythme de croisière…

Ce Type XX souvent appelé par simplification « 3-compteurs » va séduire, en particulier, un client déjà cité et qu’il est temps maintenant d’évoquer en détail. Le Centre d’Essais en Vol (CEV) est un organisme qui a fonctionné de 1945 à 2001 sur le site de Brétigny-sur-Orge, à 25 km au sud de Paris. Ses vastes missions intègrent les essais de prototypes d’avions militaires et de leurs équipements (parachutes, sièges éjectables, équipements de radionavigation, radars embarqués, armement etc.). Dans les années 1950, le CEV emploie une cinquantaine de pilotes dont une vingtaine sont spécialement brevetés pilotes d’essais. Ils représentent l’élite de l’aviation française. On a vu déjà que le CEV et/ou des membres de son personnel avaient fait l’acquisition de leurs premiers chronographes Breguet –sans retour-en-vol – en 1949, quatre pièces au total, et que trois de ces pièces avaient été échangées par la maison Breguet contre trois Type XX en date du 15 février 1954. Le CEV a-t-il été chargé de faire des tests officiels sur les produits de la maison Breguet ? C’est possible, sinon probable. Toujours est-il qu’à partir de la fin de 1956, le Type XX va devenir la montre opérationnelle de cet organisme prestigieux. 

Aux pièces déjà évoquées vont en effet s’ajouter pas moins de 80 « Type XX 14-lignes » supplémentaires : 17 pièces livrées le 12 décembre 1956, et 33 pièces livrées le 5 mars 1957. À ces 50 pièces décrites comme ayant des compteurs de 15 minutes et de 12 heures vont s’ajouter 30 autres pièces livrées le 2 mai 1957, ces dernières dotées seulement d’un compteur de 15 minutes. Toutes portent au dos l’inscription « CEV » suivi d’un numéro allant de 1 à 80. Les pièces dites « 3-compteurs » sont numérotées de 1 à 50, les pièces dites « 2-compteurs » se voient attribuer des numéros allant de 51 à 80. La pièce portant le numéro 2499 et l’inscription CEV 1 échoit logiquement au patron du CEV, l’ingénieurgénéral Louis Bonte, et l’on remarque que son cadran est de couleur marron ou « chocolat » ; elle figure aujourd’hui dans les collections du Musée Breguet.

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Chronographe Type XX Breguet n o 2499. Marqué CEV 1 au dos, cet exemplaire fut utilisé par son directeur

1958, la Marine à son tour veut équiper ses pilotes…

En 1958, une importante commande arrive à son tour ; elle émane de l’autre composante de l’aviation militaire française appelée Aéronautique Navale et rattachée, non pas à l’armée de l’Air mais à la Marine Nationale. La commande, quoique plus petite que celle de l’armée de l’Air, est loin d’être négligeable car elle est de 500 pièces. Ces pièces possèdent des différences notables par rapport aux précédentes. Dans les livres, elles apparaissent toutes à la suite, sous les numéros individuels 3927 à 4427. À ce numéro s’ajoute le numéro à l’intérieur de la série des 500, et celui-ci n’est pas séquentiel, mais aléatoire.

De quoi décourager peut-être des faussaires potentiels…

En face du numéro 3927 figure une description qui apporte plus de détails qu’à l’accoutumée : Montre-bracelet 14-lignes chronographe Type XX, boitier acier étanche, lunette tournante avec index lumineux, totalisateur de 15 minutes, cadran noir, heures et aiguilles lumineuses, divisions des 5 minutes lumineuses et 5 traits lumineux au totalisateur. Assemblées entre octobre 1958 et décembre 1959, les 500 pièces de la commande de la Marine Nationale pour l’Aéronautique Navale seront livrées en totalité le même jour, le 13 janvier 1960. Comme leurs « cousines » livrées à l’armée de l’Air, elles sont aisément identifiables mais sont loin d’être identiques : compteur de 15 mn de grand diamètre, cadran signé, lunette non-graduée, marquages réglementaires au dos, remontoir en forme de poire.

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. Les Type XX de l’Aéronautique Navale possèdent un cadran signé et un compteur de 15 minutes d’un diamètre agrandi.

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. Les Type XX de l’Aéronautique Navale possèdent un cadran signé et un compteur de 15 minutes d’un diamètre agrandi.

Les vies multiples d’une pièce de référence

Être devenue en peu d’années la marque de référence et le fournisseur de trois clients aussi prestigieux que l’armée de l’Air, le Centre d’Essais en Vol et l’Aéronautique Navale est un succès notable pour la maison Breguet qui ne s’endort pas pour autant sur ses lauriers. En effet, ces quelques 1700 exemplaires forment à peine la moitié de la quantité totale, environ 4000 unités, qui sera produite jusqu’en 1970. Disponible pendant toutes ces années, le Type XX devient la pièce « iconique » de tous les milieux aéronautiques et même au-delà, nous le verrons. 

Visuellement, la pièce a trouvé sa forme définitive : celle que le Centre d’Essais en Vol a reçu, à savoir compteur de 15 minutes et de 12 heures, ou de 15 minutes seulement (le compteur de 30 minutes n’est plus proposé après 1958, à six exceptions près) et lunette tournante graduée. Ce qui n’exclut pas, toutefois, des évolutions au niveau du mouvement, de rares variantes au niveau du cadran, ou des aiguilles dont la forme peut changer parfois sur de petites séries.

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Quelques très rares pièces, quelques dizaines tout au plus, sont nées avec un cadran de couleur marron ; d’autres pièces ont vu leur cadran prendre au fil du temps et des expositions au soleil ou à la lune, une teinte légèrement brune…

Pour les amateurs de haute précision, certaines pièces sont proposées munies du précieux Bulletin de Marche de l’Observatoire de Besançon, validant le fait qu’elles rentrent dans les normes des montres les plus précises du monde. Au total, vingt Type XX vont ainsi être commercialisés « avec Bulletin de Marche » et à un prix majoré de près de 25 %. Ils sortent de production en novembre 1957 (3), juillet 1958 (10) et octobre 1959 (7). Neuf ont un compteur de 30 minutes, deux ont un compteur de 15 minutes et neuf ont deux compteurs de 15 minutes et de 12 heures.

De rarissimes pièces, deux seulement selon les livres de vente, sont équipées d’une lunette tournante avec échelle tachymétrique, ce qui n’empêche pas la maison d’en fournir ponctuellement sur demande. De la même façon, on assiste parfois dans les ateliers Breguet au remplacement du cadran standard par un cadran comportant une échelle tachymétrique, mais cela reste très exceptionnel.

La notoriété du Type XX est une réalité dont profite pleinement la maison Breguet. Aux côtés de très nombreux pilotes ou simples amateurs de chronographes et fidèles de la maison, on retrouve des organismes liés à l’aviation civile ou militaire comme l’ENAC (École nationale de l’aviation civile) ou la Gendarmerie Nationale, probablement pour ses pilotes d’hélicoptère, et certaines compagnies aériennes étrangères comme Air Gabon ou Véha Akat du Laos…

Au-delà du cercle de l’aviation, la montre des ingénieurs et des coureurs automobiles…

Mais l’attrait du Type XX dépasse les différents cercles de l’aéronautique et séduit certains milieux de la recherche et de l’industrie, soucieux de fournir à leurs ingénieurs et techniciens la montre adaptée à leurs missions. On peut ranger dans cette catégorie les achats du CNET (Centre national d’études des télécommunications) – 22 pièces entre 1956 et 1968 –, ceux de la société l’Énergie Atomique – 6 pièces en 1959 –, mais aussi ceux de l’Électronique Marcel Dassault en 1963, de la Télévision Française en 1957 ou du Service d’Aéronomie, premier laboratoire français de recherche scientifique depuis l’espace en 1966.

La polyvalence du Type XX ne s’arrête pas là puisque la consultation des archives nous apprend que deux sociétés bien connues du grand public, les sociétés pétrolières Shell et Esso acquièrent également des chronographes Type XX : 10 pièces pour Shell, parfois désignée « Shell Berre », entre 1954 et 1965, et 35 pièces pour Esso, appelée à l’époque « Esso Standard », entre 1955 et 1963.

Organisatrices ou partenaires de nombreuses courses automobiles, ces sociétés offrent ces montres aux vainqueurs des grandes compétitions. Ainsi, en 1959, un Type XX est remis à chacun des trois vainqueurs du 28e Rallye de Monte-Carlo, qui s’est déroulé sur ID Citroën : MM. Alexandre, Coltelloni et Desrosiers. Le Type XX N° 3065, exemplaire de M. Pierre Alexandre, figure aujourd’hui dans les collections du Musée Breguet. Il avait été vendu le 21 novembre 1957 à Esso Standard. Un autre Type XX, vendu à Esso Standard le 4 février 1959, est offert au grand pilote français de rallye Fernand Masoero. Quant au Type XX N° 4962 vendu le 5 mai 1960 également à Esso Standard, il est offert à Jack Brabham, lequel s’est octroyé quelques mois plus tôt le titre de champion du monde de Formule 1.

Ainsi vit le Type XX, montre d’aviation qui s’impose à tous et constitue une belle page de l’histoire déjà riche de la maison. En dépit d’une évolution technique survenue en 1963, avec le remplacement du mouvement Valjoux 14-lignes par une version modernisée, le Valjoux 13-lignes, l’aspect du Type XX ne change pas pendant quinze ans. Cela peut-il durer encore ?

Il faut attendre 1970 pour voir le modèle évoluer nettement sur un plan esthétique, cette fois. C’est l’apparition du Type XX de deuxième génération lancé en 1971 …

Breguet_B3065

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. Chronographe Type XX Breguet n o 3065 vendu en novembre 1957 à la société Esso Standard.

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. Chronographe Type XX Breguet n o 3065 vendu en novembre 1957 à la société Esso Standard.